Notre Dame des Landes, dernière !

Chronique de Notre-Dame-des-Landes
« Après la grosse pâtée de l’opération César vous reprendrez bien un peu de dessert ! »*

Au gré des tempêtes et des fêtes au gré de vents tantôt contraires tantôt favorables mais jamais de calme plat, les évènements de ces deux derniers mois se sont enchainés à vive allure. Il y a eu des menaces, face à ces menaces des réponses. Réponses d’une grande diversité comme toujours. Il est nécessaire de rappeler la complexité et la richesse de ce mouvement, fait de complémentarités multiples. Des réponses artistiques, comme le « Beach-art » sur une plage de la Barre-de-Monts fin octobre à l’initiative du comité de soutien d’Indre / Saint-Herblain, aux réponses concrètes pour exprimer la volonté de s’inscrire dans la durée ; Opération Abracadabois, meunerie de Saint Jean du Tertre, chantier du Limimbout (auberge et conserverie). Plus récemment l’occupation d’une nouvelle maison, la Noé Verte, par un collectif nantais avec un soutien enthousiaste en réponse immédiate au communiqué du préfet de Loire-Atlantique annonçant une « reprise  » des travaux et un appel d’offre pour des travaux de défrichage (1). Sans oublier les actions en justice, le travail d’expertise de l’atelier citoyen, des naturalistes en lutte et j’en oublie forcément.

Du coté du droit, pour le groupe GPII (Grands Projets Inutiles Imposés) de la coordination des opposants, le 8 novembre a été marqué par une victoire symbolique qui restera totalement ignorée du plus grand nombre y compris des gouvernements rappelés à l’ordre et à leur « conscience démocratique ». Le Tribunal Permanent des Peuples a reconnu « les violations des droits démocratiques de populations entières, constate que les Gouvernements nationaux et les institutions supranationales (comme l’Union Européenne) imposent aux territoires la réalisation de dénommés « grands projets » (2) qui impactent lourdement l’environnement, le destin du territoire, la santé et la qualité de vie des générations actuelles et futures ».

Lors de l’AG 2015 de l’ACIPA, rassemblant plus de 600 personnes, un nouveau pas a été fait concernant l’avenir de la ZAD et la gestion collective des terres après abandon de la Déclaration d’Utilité Publique. En solidarité avec l’ADECA, le COPAIN, Sème ta ZAD, des occupants – l’ACIPA a affirmé son soutien au projet d’installation paysanne progressive de Wilhem sur le site de Saint Jean du Tertre collectivement préservé de la destruction fin avril 2014.

Tout peut arriver même un débat citoyen indépendant et libre à proximité de l’aéroport existant de Nantes Atlantique, malgré toutes les tentatives de la mairie de Saint-Aignan-de Grandlieu pour l’empêcher. Le 17 novembre entre 400 et 500 personnes étaient réunies à l’invitation du collectif de Rézé pour prendre connaissance de la synthèse des travaux de l’Atelier citoyen découpée en sept thèmes : l’emploi, les trajectoires, les finances, l’aérogare, la piste, le bruit, et les transports en commun(3). Le débat a pointé la très forte rentabilité, la forte adaptabilité de l’aéroport actuel, le fait qu’une politique publique d’optimisation et de réduction de ses nuisances est possible immédiatement. Cela représente une économie fantastique d’argent, le moyen d’éviter le gaspillage des énergies humaines et matérielles, une nouvelle destruction de terres agricoles, de territoires ruraux, de zones humides. C’est la première fois que des habitants, des décideurs, des chefs d’entreprises favorables au projet prenaient connaissance de ce travail, sans toutefois se priver d’évoquer les habituelles caricatures sur ce projet d’aéroport « bon pour l’environnement », sur les « ultraviolents », la zone de non-droit, etc. A une échelle plus générale on constate que les « pro-projet » sont de plus en plus en peine d’arguments sur la véritable utilité du projet. Déplaçant le débat, sans s’encombrer de nuances, sur les thèmes de « la République bafouée », « l’impuissance de l’Etat face au danger », la nécessité de « rétablir l’ordre ». Une façon de préparer l’opinion à une intervention musclée. Malgré tout, lors d’actions récentes comme les Lignes rouges de l’Arc de Triomphe vers la Défense ou la déclaration de l’urgence climatique au Champ de Mars, on est surpris de constater l’ampleur du capital sympathie et pas seulement en France.

Après les attentats du 13 novembre, « l’évacuation de la ZAD en janvier 2016 [n’était] plus une priorité » selon les propres termes du préfet de Loire-Atlantique le 17 novembre (4). Il a même étonné les opposants en qualifiant d’éventuel, le transfert de l’aéroport. Formulation inattendue de sa part. Certes, il est difficile d’imaginer une intervention militaro-policière d’envergure sur la ZAD dans le contexte actuel. Mais par ailleurs le détournement de l’état d’urgence et sa prolongation (jusqu’à quand ?) rend plus facile encore intimidation, répression, criminalisation des opposants. 26 militants écologistes assignés à résidence pendant la COP 21 !

Chaque fois que Manuel Vals exprime sa volonté d’imposer le démarrage des travaux, imagine-t-il que loin de décourager le mouvement, il ravive les ardeurs la solidarité la volonté d’unité des opposants ? La tracto-vélo Cap sur la COP en est une superbe illustration. L’objectif de ce convoi était de dénoncer l’incohérence et l’hypocrisie consistant à vouloir lutter contre le réchauffement climatique tout en menant des grands projets inutiles comme celui du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ce n’était d’ailleurs pas le seul objectif « si on va à Paris aujourd’hui ce n’est pas pour revendiquer, c’est une main tendue… pour proposer une perspective à tous ceux qui veulent bouleverser ce monde en crise… ».
Deux cent cyclistes, cinq tracteurs et un triton sont partis le 21 novembre de la « Vache Rit » pour atteindre Versailles le samedi suivant. Ils sont partis sans savoir où ils parviendraient. Même si le plateau de Saclay leur est resté interdit, de péripéties en péripéties avec une énergie croissante ils ont pu converger à Versailles avec les autres convois partis de l’Est et du Sud-ouest. Tous réunis pour le banquet final.
Le bilan de cette belle équipée est extrêmement positif. Accueil chaleureux et enrichissant lors des étapes, cohésion et énergie croissante. Les participants dans leur diversité ont appris à mieux se connaître, ils ont approfondi et renforcé les liens.

Un coup de tonnerre dans un ciel serein ? Coup de tonnerre sans aucun doute cette procédure d’expulsion lancée par AGO contre 4 exploitations agricoles et 11 familles de paysans, habitants locataires ou propriétaires historiques ? (5). AGO demandait l’expulsion immédiate sinon astreinte de 200€ par jour, la saisie et la séquestration des biens et cheptels, sans application de la trêve hivernale. L’audience qui avait lieu le 10 décembre a suscité une mobilisation particulièrement résolue. Plutôt que la demande de renvoi des avocats de la défense – acceptée par AGO-Vinci pendant l’audience – c’est un retrait du rôle qu’a prononcé le juge. Cela signifie que la démarche est arrêtée, qu’il faudra la relancer si AGO veut poursuivre. On peut considérer selon les avocats que le retrait du dossier est un aveu de l’absence de toute urgence et les optimistes soulignent que rien n’oblige AGO à relancer en janvier. Mais comme l’a résumé Marcel Thébault : « Le boulet est passé à côté, mais le canon reste en place, sachant que l’artilleur fera la trêve des confiseurs ». C’est pourquoi les principales composantes du mouvement appellent à une mobilisation générale des opposants à Notre Dame des Landes le samedi 16/01/2016.
Le lendemain de l’audience, la vacherie a connu un grand moment d’émotion. Emmenés par Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, un groupe de paysans du monde entier, en France pour la COP 21, ont tenu à venir rencontrer les paysans de Notre-Dame-des-Landes.

L’avis favorable de la CADA, la « volonté d’exemplarité et de transparence de l’action publique » affirmée par Ségolène Royal, n’ont pas empêché la Direction Générale de l’Aviation Civile de « trimballer » comme prévu, le collectif d’élus (CéDPa). Rappelons qu’il s’agit d’obtenir le document complet qui permettrait d’établir qu’il y a bien eu manipulation des chiffres lors de l’étude coût-bénéfice du projet d’aéroport, élément important sur lequel repose la DUP (6). De plus en plus convaincus qu’il y a bien eu manipulation des chiffres et nullement disposés à en rester là, les élus du CéDPa, ont donc déposé un recours contre la DGAC pour excès de pouvoir au Tribunal Administratif de Paris après une énième lettre à Ségolène Royal. Si l’affaire est jugée ils pourront de nouveau aller en justice contre l’Utilité Publique de ce projet.

En conclusion nous restons vigilants et prêts à nous mobiliser s’il le faut ! Et dans un premier temps, rendez-vous au 16 janvier 2016.

Catherine Camaret
19 décembre 2015

* Banderole ayant été affichée en différents lieux de la ZAD, illustrant ce rapport au monde insolent et ludique de nombreux occupants

Notes :
1. https://www.acipa-ndl.fr/actualites/communiques-de-presse/item/585-reprise-des-travaux-ou-operation-de-com
2. Notamment NDDL et le TAV (la LGV Lyon-Turin). Voir bulletins précédents et https://www.acipa-ndl.fr/actualites/communiques-de-presse/item/590-sentence-historique-du-tpp-gpii
3. http://www.ateliercitoyen.org/
4. Interview du préfet de région Pays de Loire : http://radiofidelite.fr/fr/attentats-de-paris-interview-du-prefet-de-region/
http://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/zad-la-lutte-antiterroriste-reporte-inevitablement-levacuation-3846537
5. https://www.acipa-ndl.fr/actualites/informations-proprietaires/item/599-pendant-la-cop21-les-procedures-continuent
6. Les 911 millions d’euros toujours introuvables : http://aeroportnddl.fr/

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