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Défense, imminence, effervescence…

Notre Dame des Landes                          «  Défendre la ZAD c’est vital ! »

Face aux menaces d’expulsions de la ZAD, en effet c’est vital. C’est ce qu’affirme l’autocollant que chacun a posé sur son cœur ou son bâton en ce 8 octobre. Au-delà de la ZAD elle-même, défendre tout ce qui s’invente et se vit ici joyeusement solidairement comme alternatives aux crises du monde actuel. Nous avons fait résonner les chants de nos bâtons, « nous sommes là nous serons là » pour dire clairement notre volonté de défendre la ZAD et montrer que la mobilisation est loin de s’essouffler, malgré une année déjà riche en évènements, la tracto-vélo sur le pont de Cheviré en janvier, le blocage des quatre voies le 27 février, le grand rassemblement d’été sans oublier la caravane Cap sur la Cop en novembre 2015 et tous les chantiers. Nos bâtons, nous les avons plantés en signe de notre engagement à défendre la ZAD, en bordure d’une prairie de Bellevue réalisant ainsi une formidable haie.

En ce mois d’octobre nous avons bien sûr en tête la mort de Rémi Fraisse à Sivens il y a deux ans pour s’être opposé à un projet de barrage finalement reconnu illégal par la justice vingt mois plus tard. Nous savons que sur le projet de NDDL nombreux sont les éléments en mesure d’abroger la Déclaration d’Utilité Publique.

Le 7 novembre les recours environnementaux (loi sur l’eau, espèces protégées) vont être jugés en appel ; par ailleurs un recours contre le décret concernant le campagnol amphibie doit être déposé ces jours-ci. Signalons toutefois qu’aucun de ces recours n’est suspensif. Une chose est sûre, la moindre velléité de démarrage de travaux, aussi modeste soit-il, encadré de forces de « l’ordre », déclencherait une réaction immédiate.

Pendant qu’ici la vie continue survolée par les rondes de l’hélicoptère, au sommet de l’Etat bruits de couloir et déclarations pas toujours concordantes se font entendre, de Jean-Jacques Urvoas à Ségolène Royal en passant par Manuel Valls et François Hollande (1).

Rêvée réalisée, la bibliothèque Le Taslu

Les livres ont toujours circulé sur la ZAD, mais durant l’été, à la Rolandière, une bibliothèque nommée Le Taslu a germé avec des permanences régulières, l’organisation de soirées culturelles, des rencontres avec des auteurs. Pour les 8 et 9 octobre 2016, les participants ont été invités à apporter un livre qui les avait marqués et qu’ils souhaitaient léguer au fond commun avec éventuellement une dédicace pour laisser une trace de la solidarité du mouvement.

Ce vendredi 7 octobre, il y a beaucoup d’animation au Taslu, l’accueil est chaleureux, on apporte son livre, on dédicace, on échange joyeusement, on s’interroge : le gouvernement osera-t-il expulser une bibliothèque ? Kristin Ross, professeure de littérature comparée à l’université de New York, spécialiste de la culture française (2) est venue apporter son soutien à la ZAD et bien sûr son dernier livre. Elle donne une interview, filmée par John Jordan artiste activiste vivant actuellement sur la ZAD. Sont également arrivés dans l’après-midi des universitaires en sciences humaines et sociales (dont Christophe Bonneuil), des journalistes (dont Jade Lindgard). A leur initiative une réunion sur l’herbe s’organise avec des habitants de la ZAD, artistes activistes et autres y compris des « amis du Taslu » invités à s’y joindre. L’objectif est d’organiser en lien avec le collectif du Taslu un évènement : « 26 heures avec la ZAD de Notre Dame des Landes les 4, 5 et 6 novembre » 26 heures comme les 26 lettres de l’alphabet (A comme avion, Z comme ZAD !). L’appel sera lancé « depuis le monde du livre aux amis de la pensée et des possibles ».

Penser, bâtir, créer

Pendant que se tenait cette réunion sur l’herbe au Taslu, l’équipe des charpentiers finissaient de monter la deuxième ferme d’un magnifique hangar à Bellevue. A l’approche de la ferme l’apercevant derrière un rideau d’arbres dressé vers le ciel, comment ne pas se demander si c’était une église qu’ils édifiaient, Notre-Dame de la ZAD !

Un groupe informel de charpentier-e-s avait choisi cette année de se réunir sur la ZAD et se sentant pleinement concernés par ce qui s’y vit, d’y construire ce hangar. « A travers ces chantiers nous revendiquons d’autres modes de fonctionnement, horizontaux, mixtes, joyeux et solidaires » disent-ils dans leur communiqué de cet été. Ces rencontres ont donné naissance à une association indépendante pour l’utilisation future du hangar, «Des chênes et vous». Cette belle ouvrage émerveille tous ceux qui passent. C’est une charpente traditionnelle où les éléments décoratifs n’ont pas été négligés, l’extrémité des blochets est sculptée, un campanile recouvert de bardeaux déjà réalisé surplombera l’ensemble.

Un autre hangar, métallique celui-là a été édifié au Limimbout sur une parcelle non-expulsable, le Hangar de la Défense

Une effervescence de chantiers

Dimanche toutes sortes de chantiers se déploient sur la ZAD pendant que les musiciens sur la grande scène commencent à s’essouffler, que les fêtards s’en vont dormir et que l’hélicoptère continue ses rondes. Il y en a pour tous les goûts, toutes les compétences, toutes les énergies.

La préparation de lieux d’accueil en cas d’expulsion à la Maison rose, à la Wardine, à la Noé verte, au Haut Fay. La poursuite de la couverture du dôme qui servira de salle de réunion au Gourbi. Une formation géante à la défense de la ZAD dans le chapiteau fest-noz du Champ du 8 octobre. Une fête foraine avec pour thème le lancer de précision ! Un chantier-discussion pour les grimpeurs dans les arbres au moulin de Rohanne. Le levage d’un hangar et la préparation de plantations pour des cultures de plantes médicinales au « Très petit jardin » près de Bellevue. Un chantier charpente autoportée à l’Isolette. Des lectures au Taslu à partir des ouvrages qui ont été apportés. Des chantiers de défense comprenant aussi un atelier couture de cagoules animalières ! L’« opération fauchée et heureuse » pour la conservation d’une prairie oligotrophe entre Bellevue et le Tertre avec les Naturalistes en lutte à laquelle j’ai choisi de participer le matin. L’après-midi une réunion intercomités a lieu à la Vacherit.

Défendre la ZAD de diverses manières

L’important dans cette lutte a toujours été d’anticiper et ça l’est plus encore dans les circonstances actuelles.

Les week-ends de formation consistaient principalement à apprendre comment se protéger physiquement et juridiquement sachant que la répression se durcit de plus en plus comme on l’a vu par exemple, lors des manifestations contre la loi travail à Rennes et à Nantes où les militants antiaéroport ont été ciblés.

Une multitude de stratégies ont été étudiées ou sont à l’étude, localement sur la ZAD et autour ou plus loin par les comités de soutien, les associations, les syndicats et autres dont certains tentent de dépasser les actions classiques en étant plus offensifs (politique de la rumeur par exemple).

Les liens sont de plus en plus étroits et solidaires avec le mouvement Nuit debout, les étudiants et lycéens de Nantes et Rennes, avec les syndicats (la CGT – Vinci et nationale – a demandé à rejoindre la coordination), avec les migrants de Calais.

Les appels à défendre  tentent d’impliquer davantage dans le monde universitaire culturel comme on l’a vu plus haut avec les « 26 heures avec la ZAD de Notre Dame des Landes » début novembre.

Par ailleurs d’où que nous soyons, nous sommes tous invités à intervenir dans l’enquête publique sur le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) (3) au travers duquel l’Etat entend répondre à l’Europe au sujet de la procédure d’infraction pour saucissonnage de l’étude d’impact environnemental du projet d’aéroport. Il s’agit de gagner du temps en retardant au maximum la remise des conclusions des commissaires enquêteurs.

« Trop d’espoirs sont condensés ici pour que nous puissions être vaincus, il en va de notre avenir, de nos possibilités d’émancipation. » (4)

Catherine Camaret

16 octobre 2016

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  1. Pour une synthèse succincte : Hollande « hostile » à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Valls veut envahir la Zad, Royal non : https://reporterre.net/Hollande-hostile-a-l-aeroport-de-Notre-Dame-des-Landes-Valls-veut-envahir-la
  2. Plusieurs de ses ouvrages ont été publiés en France, notamment Mai 68 et ses vies ultérieures en 2005 ;

Démocratie, dans quel état ?, avec Giorgio Agamben, Alain Badiou, Daniel Bensaïd, Wendy Brown, Jean-Luc Nancy, Jacques Rancière et Slavoj Žižek en 2009 ; Rimbaud, la commune de Paris et l’invention de l’histoire spatiale en 2013 ; L’imaginaire de la Commune en 2015

  1. https://www.acipa-ndl.fr/actualites/divers/item/693-enquete-publique-sur-le-scot-nantes-st-nazaire-infos-pratiques
  2. Extrait d’une tribune parue dans Le Monde du 12 octobre 2016, ZAD : Valls sans retour. Depuis Notre-Dame-des-Landes par le collectif Mauvaise Troupe

NDDL : non à l’aéroport… et à son monde

Après les mobilisations de janvier et la grandiose mobilisation du 27 février il a tout de même fallu reprendre haleine. Pause bien fugace toutefois, la lutte ne faiblit pas, la répression non plus. Le 4 mai prochain aura lieu le procès en appel de Grégoire.

La date fatidique du 26 mars est donc arrivée, les « historiques » qui avaient été condamnés à l’expulsion en janvier sont devenus illégaux, comme tout le monde sur la ZAD. Tous illégaux ? Pas tout à fait puisque, auparavant, la famille Herbin au Limimbout et le collectif de la Noé Verte avaient obtenu des juges un « sursis », jusqu’à novembre 2016 pour les premiers et mai 2017 pour les seconds. Sursis bienvenu, mais allez comprendre ! Continue la lecture