Archives pour la catégorie Alternatives

QR Code à perpétuité

« Pour préparer cet article, je m’étais concocté une petite liste de livres à emprunter à la bibliothèque, sur l’histoire de l’identification des personnes, du profilage des populations, de la surveillance numérique, de la vie privée. Mais arrivé à l’entrée, deux bibliothécaires et un vigile me barrent le passage. « Vous avez votre passe sanitaire ?» Non, je n’ai ni application « Tousanticovid », ni smartphone, ni « certificat Covid numérique UE » imprimé sur papier. Alors, « vous ne pouvez pas entrer », me signifient les bibliothécaires. En discutant deux minutes, ils m’avouent qu’ils ont honte d’appliquer de telles mesures. Puis scannent le QR code du suivant ».

La fin du secret médical et l’exposition de données personnelles, l’extension inouïe de la surveillance de la population et la ségrégation mise en place transforment profondément la vie quotidienne : « conditionner l’accès à de nombreux lieux, établissement, évènements ou moyen de transport à la justification de son état de santé », c’est « inédit » a alerté Marie-Laure Denis, présidente de la « Commission informatique et libertés ». Et cela crée un précédent : « Il y a un risque certain d’accoutumance à de tels dispositifs de contrôle numérique, de banalisation de gestes attentatoires à la vie privée, de glissement, à l’avenir et potentiellement pour d’autres considérations que la seule considération de la santé publique …, vers une société où de tels contrôles seraient la norme et non l’exception »

Ce qui était inimaginable il y a quelques mois est devenu une scène ordinaire. Pour monter dans un train, rendre visite à un proche en maison de retraite, entrer dans un hôpital, un cinéma, une salle de concert, prendre le moindre café, il faut désormais dévoiler son identité et ses données de santé. De simples citoyens en contrôlent d’autres, en permanence, et ceux qui n’ont pas le précieux sésame sont exclus. Des employés évincés. Des enfants privés d’activités de loisirs.

La défenseure des droits s’est elle aussi inquiétée de « l’ampleur des atteintes aux droits et libertés fondamentales », de la remise en cause des « principes de liberté de circulation et d’anonymat pourtant longtemps considérés comme constitutifs du droit républicain ». Elle a souligné « le caractère discriminatoire de ces mesures », la marginalisation croissante des « publics précaires » et l’accroissement des inégalités qu’ils allaient engendrer . Non seulement ces restrictions de liberté « n’apparaissent pas proportionnées à l’objectif de sauvegarde de la santé publique qu’elles poursuivent » – elles n’ont pour but que de contraindre les gens à la vaccination, mais elles nous font glisser « vers des pratiques de surveillance sociale générale ».

L’homme est une marchandise

Basculer dans une ère où chacun doit être muni d’un QR code à scanner aurait été une d’horreur pour les altermondialistes d’il y a vingt ans. Eux qui scandaient « le monde n’est pas une marchandise » désignaient la prolifération des code-barres comme le symbole du règne de l’économie sur nos vies.

Les code-barres ont précisément été inventés pour les besoins du commerce. C’était un impératif des industriels et de la grande distribution ; pour écouler en masse la surproduction de marchandises, il fallait un moyen d’identification automatique des produits, afin d’augmenter la productivité, d’accélérer les passages à la caisse et les opérations logistiques, de supprimer des postes, de mieux gérer les stocks, de tracer les échanges à grande échelle, d’agréger des statistiques de ventes et de saisir « le comportement d’achat du consommateur ». Le code-barres n’est que l’appendice d’un système informatique global, permettant le pilotage et l’identification du flot de marchandises. Ce qui en fait l’efficacité « c’est sa capacité à alimenter des outils de calculs complexes-des ordinateurs-afin de disposer des informations nécessaires pour gérer des stocks, déclencher des commandes et piloter des opérations logistiques d’approvisionnement. Le code-barres est donc indissociable de l’ordinateur et des réseaux qui les relient entre eux ».

Le QR code mis au point en 1994, s’inscrit dans la même logique. Il est le symbole de notre époque cybernétique, d’une civilisation où tout un chacun devient relié perpétuellement à son smartphone, où les rapports humains sont régulés par des machines communicantes. Comme le code-barres imprimé sur les emballages des produits, il permet de scanner, d’identifier et de tracer les individus, pour une organisation rationnelle de la société. Avec le QR code généralisé aux humains, le monde est bel et bien devenu une marchandise.

Le modèle chinois

Des sénateurs s’en réjouissent : « il s’agit d’un outil qui pourrait désormais être activé facilement à l’occasion d’une nouvelle crise sanitaire : c’est donc un grand progrès ». L’instauration de tels « outils contraignants » et discriminatoires, qui « conditionnent l’accès à certains lieux et à certaines activités », cela leur paraît « une bonne nouvelle ». Ce sont les mots, sans ironie aucune, de Véronique Guillotin, Christine Lavarde et René-Paul Savary. Leur rapport de prospective Crises sanitaires et outils numériques : répondre avec efficacité pour retrouver nos libertés est une sorte de mode d’emploi pour l’instauration d’une parfaite tyrannie techno-sanitaire.

Au nom de « l’efficacité », mot d’ordre de toute société technicienne, nos parlementaires appellent à mettre en place les technologies les plus liberticides. Ils préconisent de « recourir bien plus fortement aux outils numériques dans le cadre de la gestion des crises sanitaires ou des crises comparables (catastrophe naturelle, industrielle etc.), notamment en vue de contrôler au niveau individuel le respect des mesures imposées par la situation, et y compris si cela implique d’utiliser des données de manière intrusive et dérogatoire » Leur modèle ? Les pays asiatiques comme la Chine, Singapour ou la Corée du Sud. « D’une manière générale, entre efficacité sanitaire et respect des libertés individuelles, l’arbitrage des pays asiatiques a clairement penché en faveur de la première ».

Pour ces apprentis despotes, la gestion de l’épidémie n’est qu’un « avant-goût » : « c’est à la fois la première fois que le numérique est autant mobilisé, et sans doute la dernière fois où il le sera aussi peu » . Le numérique doit permettre de contrôler l’application des assignations à résidence, des couvre-feux,des confinements, en recoupant « trois types de données : données d’identification, données médicales, et données de localisation ». Suivi par G P S, géo-localisation des portables, utilisation des données des antennes GSM « pour repérer des attroupements ou des rassemblements trop importants, permettant le cas échéant d’intervenir », « contrôle des déplacements, bracelet électronique pour contrôler le respect de la quarantaine », « détection automatique de la plaque d’immatriculation par les radars », application des traçages de contact, « contrôle des fréquentations », « contrôle des transactions, permettant par exemple d’imposer une amende automatique », « utilisations de drones ou de caméras thermiques », reconnaissance automatique d’images par la vidéosurveillance (par exemple pour détecter le port du masque), exploitation des données des objets connectés,(balances connectées, thermomètres connectés…), «  exploitation automatique du dossier médical de chaque individu » et même des « données génétiques »… Tout y passe.

Les sénateurs demandent l’interconnexion des fichiers et la constitution de gigantesques bases de données personnelles, traitées par l’intelligence artificielle. Pour eux, le numérique doit permettre « un ciblage précis, individuel et en temps réel des mesures ou des contrôles ». Avec les données collectées par les opérateurs de téléphonie, des fournisseurs d’internet, des firmes comme Facebook ou Google, etc. , on pourrait par exemple déterminer si un individu se rend au travail ou plutôt chez des amis ou de la famille, s’il exerce une profession « essentielle » lui permettant de sortir de chez lui ou non, s’il a récemment eu des conversations privées au sujet de l’organisation d’une soirée rassemblant plus de dix personnes, ou s’il a effectué des achats en vue de d’une telle soirée ». Chacun doit devenir transparent.

Malheureusement, les auteurs- qui votent les lois, rappelons-le !  – « déplorent la profonde méfiance de la population à l’égard du numérique » et le « conservatisme juridique ». Ils s’en prennent même à l’action de la CNIL, coupable de veiller un tant soit peu à la protection des données personnelles. Les Français sont jugés trop soucieux de leur intimité, « victimes d’une « peur absurde de Big Brother ». Ces mauvais citoyens ont été réticents à télécharger l’application de traçage « TousAnticovid ». Ils seraient peu favorables au fichage généralisé, tiendraient encore à la liberté et à l’égalité : « derrière la sensibilité française à la protection des données personnelles se trouvent non seulement un attachement à la liberté individuelle (par la protection de la vie privée) … mais aussi à l’égalité entre les citoyens.»

Finissons-en avec ces vieilleries ! « Si une « dictature » sauve des vies pendant qu’une « démocratie » pleure ses morts, la bonne position n’est pas de se réfugier dans des positions de principe » : l’efficacité prime. « Plus la menace sera grande, plus les sociétés seront prêtes à accepter des technologies intrusives, et des restriction plus fortes à leurs libertés individuelles »… Le totalitarisme bienveillant est en marche.

Traçage généralisé

Quand les ordinateurs commençaient à se généraliser dans notre pays, les technocrates notaient : « Pour le grand public, l’informatique est ressentie comme une « mise en fiche », attentatoire à la vie privée et aux libertés». La Commission nationale informatique et libertés a justement été mise en place pour veiller à ce que l’informatisation ne porte atteinte « ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques ».

Force est de constater que c’est un échec : l’informatisation a bel et bien porté atteinte à l’individualité, aux droits, à la vie commune et privée, aux libertés. Un ancien président de la CNIL le concédait lui-même : « nous vivons tous, à l’horizon 2020 dans une société dans laquelle il sera impossible de travailler, de se divertir, de se déplacer, de vivre donc, sans être tracés ». Cette société de « traçage généralisé », c’est désormais la nôtre. Avec les QR code imposés à chacun, une nouvelle étape est franchie dans la surveillance numérique permanente, le dévoilement de la vie privée, le contrôle social général. Les mailles du système technicien ne cessent de se resserrer.

« On le voit : les perspectives ouvertes par le recours aux technologies numériques sont immenses, et la crise du Covid-19 n’a donné qu’un avant-goût des multiples cas d’usage possibles, à court, moyen ou long terme », s’enthousiasment nos sénateurs. Avec eux, le meilleur est toujours à venir. Et pendant ce temps, la minorité d’opposants au techno-totalitarisme est diffamée par la propagande du régime. Tout est en ordre.

D’après l’ Éditorial de Pierre Thiesset dans la Décroissance n°183

Le PCAET, qu’es aco ?

Bien peu, trop peu des habitants de notre Communauté de Communes s’intéressent à ce Plan Climat Air Energie du Territoire qui veut tracer des perspectives d’avenir en tenant compte des enjeux climatiques. Il y a certes eu des réunions préparatoires pour informer la population et lui demander un avis, des cabinets comme ECO2 Initiative pour pondre des plans d’action et les décliner, un Zoom le 24/02 avec les 4B (15 spectateurs pour 20 communes et environ 20.000 habitants) pour continuer à tenir les administrés au courant comme ils doivent l’être tout au long du processus… Voici quelques réflexions à propos de ce dernier échange auquel plusieurs membres de la section Attac ont participé avec tout d’abord une espèce de titre…

PCAET, un trip à la mode de quand ?

On nous pardonnera le mode quelque peu ironique du propos mais il voile l’amertume sincère qui étreint tout citoyen persuadé de la nécessité vitale d’un véritable virage écologique.

Nous avions proposé une « ceinture verte » pour la ville-centre de Barbezieux , c’est à dire des terres réservées protégeant la ressource en eau, vouées à des cultures maraîchères et biologiques, assurant une alimentation saine et locale. Nous nous contenterons de la portion congrue réservée aux productions du Centre Social. C’est tout au plus un mode minoré, une forme très modique de la conversion au bio, car pour le reste on continuera, sans sourciller et après en avoir littéralement augmenté le champ, tous ces traitements dits phytosanitaires pour lesquels le paysan manifeste un goût immodéré ! Il ne restera qu’à ériger une petite usine pour traiter l’eau…

Etes-vous de ces personnes incommodées par la pollution et les Gaz à Effet de Serre, les GES ? Vous serez bien aises de savoir à quoi elle est due sur le territoire des 4B  : les transports pèsent 57% de ces émissions dont 44% pour la seule RN10, la seconde place est fermement détenue par l’agriculture (mécanisée et chimique). On voudrait parvenir à des diminutions de 26% en 2030 et de 70% en 2050, mais la RN10 est exclue des calculs car « on ne peut rien y faire » selon le mot du Président…et il y a une difficulté quasiment insurmontable à faire baisser les maudites émissions agricoles !

Surtout, à ce sujet, la fameuse norme tant vantée « des bonnes pratiques agricoles » ou GAP au niveau mondial cache des exploitations financières violant les droits les plus élémentaires des travailleurs agricoles ( » Basta » de H Servel et P Müller). Et l’étude de vulnérabilité du territoire aux changements climatiques révèle que:

Terribles seront les conséquences de l’augmentation des besoins en eau pour l’agriculture (+13% à + 28%), la baisse des débits (20% à 40% avec pointes à 50%) et la prolifération d’algues liée aux phosphates et nitrates.

Baisse de la disponibilité en eau, augmentation des sécheresses, impact sur le développement de la vigne et baisse de productivité des prairies dressent un tableau redoutable pour tout notre Sud-Charente.

Il est envisagé de supprimer pour 2040 le chauffage au fuel trop polluant et sans doute démodé : nous avons compris qu’on pouvait s’accommoder de celui au bois, qui est certes une ressource locale mais il est ailleurs formellement déconseillé à cause des particules fines (?).

Eh bien, aux grands maux de grands remèdes : la CDC va devenir TEPOS, territoire à énergie positive. Nous avons un pouvoir énorme de séquestration des GES dans les sols et forêts) et en réduisant notre consommation en énergies de 20% pour 2030 et 50% pour 2050.

Nous ferons des économies sans modération dans le domaine de l’habitat (isolation, utilisation de matériaux bio-sourcés…) et surtout en développant sensiblement les énergies renouvelables : de l’éolien (un peu, pas trop, pas chez moi), du photovoltaïque (le Centre Equestre et des bâtiments publics , des ombrières, des initiatives privées…) et surtout pas de géothermique .

Là, nous nous sommes permis d’insister sur l’intérêt de cette ressource, importante dans notre sous-sol (et en témoignent le BRGM et les températures de certaines eaux de sources de surface comme celle de Font Chaude ou des Bruns qui sortent à 18-20°). Comme au moment du refus de la commune de Barbezieux il y a une quarantaine d’années, il est objecté une complexité avec une profusion de normes, un prix élevé (le double de celui d’alors) et un investissement technique lourd. On a même poussé l’argumentation jusqu’à considérer qu’un prochain et 3ème forage n’était possible à Jonzac que grâce à sa richesse , occultant que cette capacité financière est liée à ces investissements dans l’eau que nous n’avons pas voulu faire à l’époque et que nous ne ferons donc encore pas demain… Ni jamais ! ?

Alors grâce aux actions concertées de citoyens vigilants ainsi qu’à l’examen « apparemment » promis d’une évaluation sérieuse tous les 3 ans comme d’un ré-examen « éventuel » possible annuellement, toujours sous l’oeil aguerri de citoyens éclairés, les courbes qui se rejoignent si merveilleusement en 2050 pour équilibrer besoins énergétiques et énergies renouvelables seront effectives et non point un doux rêve de bureaux d’études si merveilleusement supplétifs de nos élus. (Voir l’exemple au niveau national du sort réservé aux propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat).

Nous ne prétendons pas avoir le mot de la fin ni le droit de prononcer l’oraison funèbre du PCAET de notre CDC 4B à la façon de l’Aigle de Meaux. Mais l’irréalisme de certaines prévisions, la modestie chronique et presque maladive des projets nous font terriblement craindre que toute cette ingénierie finisse dans les choux, à la mode de chez nous !