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Présent et avenir énergétiques français

Projection-débat  « Main basse sur l’énergie »  24 janvier au Château, animé par Paul-Hervé ROUSSEAU,  Secrétaire de la CGT Energie–Mines 16 avec l’appoint de plusieurs  syndiqués. Résumé.

Ce docu-film de G Balbastre est un pastiche des classiques noir et blanc sur les relations entre milieu et pouvoir ; il nous apportera plus en éclairant les méfaits de la privatisation  des ressources hydrauliques et en fournissant des éléments  à propos de l’éolien surtout. Puis questions-réponses et débats sur nucléaire et énergies nouvelles  lézarderont un peu l’unanimité  bon enfant qui s’était faite jusque là.

Les barrages apportent environ 15 % de l’électricité produite en France ;  sur un total de 650,  450  sont considérés comme stratégiques  dont 150 privatisables à une échéance très proche (2019). Les atouts  de l’eau  source d’énergie sont sa mise en œuvre très rapide et sa disponibilité comme stockage. On démarre les turbines et les alternateurs en quelques minutes  et le barrage reste le seul moyen  de réserve  de grande importance : les batteries sont, elles, limitées en volume et en temps pour conserver l’électricité quand il y a surplus par rapport à la demande. L’eau est énergie reproductible et, par exemple, l’électricité momentanément excédentaire est utilisée pour pomper  l’eau d’aval vers des réservoirs en points hauts (barrages en STEP : Station de Transfert d’Énergie par Pompage)  d’où elle sera réutilisée plus tard.

La pérennité de la ressource  eau et les aménagements très importants sur notre territoire ont contribué largement à la stabilité de l’édifice, dont profite l’abonné grâce à  régulation et à  péréquation tarifaires. L’ensemble est très « rentable », avec peu de main d’œuvre,  pour l’entretien et les rénovations périodiques.

   Mais à ce tableau patiemment construit depuis 1946 des retouches majeures ont été apportées par les gouvernements successifs de droite et de gauche  depuis 2000 : un seul credo les a unis, celui d’un marché dérégulé avec l’ apparition d’une bourse de l’énergie. En fonction de l’offre et de la demande, le prix du Kwh pour le particulier – celui du Mégawattheure pour l’industriel ou le financier – connaît des fluctuations extraordinaires ; nous, simples abonnés  très dépendants, ne subissons pour le moment aucun impact direct (à part l’augmentation permanente due à d’autres facteurs) avec le tarif « lissé », lié à nos contrats actuels qui effacent les « pointes ».

 Heureusement, parce que ce prix a pu osciller au gré des variations climatiques de -15 à 3000 euros) du Mwh ! Et c’est bien quand nous en avons  besoin, souvent en même temps, que l’électricité devient la plus chère !1

S’ajoutent  à ces contraintes de la libéralisation des marchés et des prix  la privatisation de l’outil initial tronçonné en nouvelles entités rendues rivales et la création artificielle de nouveaux opérateurs auxquels sont faites des conditions bien particulières. EDF doit en effet  fournir 25% de sa production à prix coûtant (Loi NOME) à ces commerçants pour entretenir une « saine » concurrence …

Enfin, une autre donnée des tarifs est celle de la part faite aux énergies nouvelles : l’exemple de l’éolien sera plus longuement détaillé.                 L’éolien et le solaire sont devenus prioritaires en ce qui concerne leur introduction sur le réseau et ce sont donc les productions plus classiques qui devront s’adapter et réduire ou augmenter leur débit pour assurer l’équilibre indispensable entre la demande et l’offre. Mais, comme si cela ne suffisait pas pour « plomber » l’opérateur historique déjà lourdement endetté,  l’électricité est payée à ces producteurs d’ « énergies propres »  82 € le Mwh, alors qu’EDF a l’obligation de ne le revendre que 45 € le Megawatt-heure !

Ainsi est né un « effet d’aubaine » (sic)  que S Royal avait hypocritement trouvé trop immoral pour que les financiers s’en emparent ! On l’appelle aussi « la manne des éoliennes » dont l’enivrante odeur a attiré  une faune de groupes, financiers, industriels ou commerciaux, (Eolres, Ikea, Bricorama, Escofi, Total…) français et/ou étrangers. Ils ont fait toutes sortes de pressions et de promesses aux maires, aux CDC etc… pour entreprendre un déchaînement de constructions d’éoliennes, tellement rentables pour eux à très court terme. Les fonds de pension aussi ont trouvé là une poule aux œufs d’or : pendant 15 ans l’électricité produite, prioritaire, leur sera payée 2 à 3 fois le prix du marché et la note finale se retrouve en  partie sur notre facture : si, si, regardez  au dos de celle-ci, vous trouverez la CSPE, contribution au service public d’électricité, qui compense pour EDF le gouffre financier de subvention de ses concurrents.   2

Sans remettre en cause la nécessité impérieuse de faire appel aux énergies renouvelables – dont l’hydraulique fait partie -, il faut rallonger cette note déjà salée avec le montant   des crédits d’impôts accordés aux investisseurs dans les énergies vertes (jusqu’à 72 % jusqu’en 2018, 49 % en 2019),  payés par l’Etat dont nous sommes toujours et encore les modestes contributeurs.

La privatisation des structures de 2004 et l’ouverture à la concurrence n’ont en rien empêché des hausses sensibles, de 35% pour l’électricité et de 70% pour le gaz. Celle programmée de nos barrages conduira  au pire pour nous, au mieux pour la finance et à ce que quelques-uns s’approprient le robinet  de l’énergie issue de l’hydraulique, seul réservoir de l’électricité indispensable ; il nous faudra payer un tarif  selon l’heure, le jour, la saison et le seul bon vouloir de celui qui voudra bien en fournir selon notre capacité à en payer le prix. Linky est peut-être le compteur adapté à ces segmentations horaires et sociales …

La géothermie, reine à Jonzac, reste la grande oubliée de l’avenir, tout comme l’hydrolien, alors qu’ils sont des moyens de production d’énergie stable.

La discussion qui a suivi a fonctionné tous azimuts pendant la deuxième partie, évidemment moins structurée, du débat. Florilège.

L’instabilité fondamentale de la fourniture d’électricité par les  énergies renouvelables  fait ressortir pour l’intervenant la remarquable capacité de  régularité du nucléaire. En regard des méfaits du charbon et du mauvais exemple de l’Allemagne. On feint d’oublier   les dégâts de l’exploitation des mines d’uranium et  ses conséquences environnementales en France (ex. le Limousin) et plutôt en Afrique maintenant ; on oublie aussi les séquelles sociales et politiques sur la vie des peuples exploités et sur la santé (radon, eaux polluées), la supposée indépendance énergétique source de conflits,  les  nombreux contrats plus ou moins frauduleux… (voir article de Juan Branco dans le Monde Diplo de Novembre 2016 concernant AREVA)

  • A propos de déchets : « pas ultimes, pas grave »  « si ultimes, une simple canette par personne et par an  à 500 m de fond dans de l’argile fait pour ça, à Bure ! » -On craint les surplus à  La Hague : « il y a encore de la place ».3

-Attac Barbezieux a déjà rencontré il y a quelques années le directeur de science sans conscience de l’ANDRA qui avait dit « Le béton pour protéger ces déchets très irradiants durera 100 ans » – Mais il lui faut tenir des milliers d’années !!!

« Par contre, grâce au nucléaire, on n’a aucune émission de CO2 » -Oui mais, pour refroidir les réacteurs, il faut des masses d’eau qui avec le réchauffement, vont être de température trop élevée, malgré toutes les dérogations en cours. Alors ?

Le temps manque pour évoquer le regrettable abandon programmé de la recherche à EDF (nouvelles énergies, stockage et applications de l’hydrogène…)

Sans vouloir être désagréables avec les employés d’EDF, victimes au premier chef du lobby militaro-industriel nucléaire, les réponses ne satisfont pas les nombreux détracteurs d’un procédé, qui s’est déjà s’avéré incontrôlable, dont les conséquences mortifères pour des siècles ont été sous-évaluées et qui a quand même coûté un pognon de dingue en investissements passés ! Sans compter les démantèlements à venir urgemment…On sent bien là les effets de la culture d’entreprise, omniprésente dans tous les secteurs sensibles !

Si  EDF affiche la moderne propension à se proclamer de fibre écologique, il ne faut manifestement pas que cela occulte les questions énergétiques et surtout remette en cause les « incontournables « piliers nucléaires que sont les centrales régionales de Braud-St Louis 33 et  Civaux 86 !!

Longue vie donc à ceux qui sont tout près ou entre les deux !    Nous trinquons donc ensemble autour d’un pot final et amical…  

1 Il y a connection entre réseaux européens ; l’Allemagne  en excédent tout début 2018, a, pour éviter une surchauffe de ses installations en surproduction dû se « délester » vers des pays européens en leur payant  environ 15 € du Mwh ! Les maximas sont eux liés à des pics de consommation ou de manque de production ou aux deux conjugués… ( Exemples : 3000€ le 19/10/2009 pendant 4h ou bien encore 2000€  pendant la canicule de 2003 où nous en avons acheté à l’Espagne qui coupait alors cette alimentation à plusieurs de ses régions pour « ramasser le pactole »).

2Exemple : facture du 10/01/2019    Prix €ht/mois         tva

Heures creuses12Kva                                   0,0703                 20.0%

Heures pleines 12Kva                                 0 ,0905                 20,0%

CSPE                                                              0,02250                20,0%

Sur cette facture totale (hors TVA) de 321.25 €, la CSPE est de 55,04 €  soit environ 17,1 %  : c’est bien nous qui payons   depuis 2006               !!!

3 L’ASN confirme que c’est plein à 93% (mais ORANO dit 70 %)…

Résumé de S. Traumat, membre d’Attac Barbezieux

www.attac16barbezieux.org

11 novembre 2018 : la Patrie reconnaissante, billet d’humeur

A l’occasion de la projection du film  « Libre » le 11 novembre 2018 au Club de Barbezieux et de la réflexion qui a suivi sur l’immigration, il m’a semblé que le moment était  bien choisi pour évoquer un aspect important des deux guerres mondiales, celui de l’apport considérable des soldats étrangers à l’armée française.

Fin du XIXe, ils sont tous des « volontaires ». Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour que commence un recrutement encadré et souvent  forcé  qui s’appuie sur les élites locales. Il est fondé sur le décret du 7 février 1912 qui l’institue  par voie de réquisition ; l’état-civil étant inexistant, il est impossible de Continue la lecture