A NDDL le 8 octobre, c’est toujours NON !

Notre Dame des Landes

« Ce n’était qu’une consultation, pour nous c’est toujours non »

 

Pendant que les perdants de la consultation faisaient la fête dans un rassemblement fraternel et joyeux pour des « Semailles de démocratie », les gagnants – en la personne de leur principal leader Alain Mustière – en appelaient à la guerre civile, proposant à François Hollande que le camp du oui vienne renforcer les opérations militaro-policières d’évacuation de la ZAD !

Bien sûr les perdants n’ont pas manqué d’être accusés de ne pas respecter la démocratie. Accusation à laquelle Françoise Verchère a répondu le 2 juillet dans une tribune circonstanciée et percutante (1).

La manipulation politicienne du 26 juin a permis de montrer, entre autres, que les nantais ne sont plus si favorables que ça à la création d’un nouvel aéroport puisque 100 voix d’écart seulement séparent le oui et le non (41906 oui et 41806 non à Nantes).

Les militants de Bure – invité d’honneur – sont rentrés au pays revigorés par ce week-end après avoir refait le plein d’énergie, de solidarité, d’enthousiasme. Cette belle dynamique allait se poursuivre le week-end suivant avec le renfort de tous les militants venus en car de NDDL et d’ailleurs, par la reconquête de la forêt de Mandres/Bure dont ils avaient été expulsés. Le 1er aout c’était une victoire juridique : le Tribunal de Grande Instance de Bar-le-Duc condamnait l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) à suspendre les travaux qu’elle avait commencés dans le bois Lejuc, à Mandres-en-Barrois et à remettre en état les lieux. Un répit fort bienvenu ! Mais pas question de s’endormir, le 14 aout à l’appel du « Labo d’enfouissement du projet Cigéo » des pans entiers de béton des « fortifications » de l’ANDRA étaient abattus dans la jubilation et des arbres replantés. Et voila que les voix des opposants à Cigéo se sont enfin fait entendre bien au-delà de la Meuse, à Montréal lors du forum social mondial (2).

Concernant Sivens il est important de rappeler que le 1er juillet 2016 le Tribunal administratif de Toulouse a annulé trois arrêtés fondateurs du projet de barrage – dont la déclaration d’utilité publique (DUP). C’est en s’opposant à un projet illégal que Rémi Fraisse a été tué par l’explosion d’une grenade offensive dans une opération de maintien de l’ordre de la responsabilité de l’Etat (3).

 

Du 15 au 17 juillet à Bayonne, avait également lieu le 6ième forum contre les Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII). Il s’est déroulé cette année, comme le rapporte la déclaration finale, « dans un contexte marqué par l’après Cop21 et l’urgence d’enrayer le réchauffement climatique, mais également marqué par une crise démocratique, le durcissement des conflits sociaux et la situation dramatique des migrants » (4).

 

On se souvient peut-être que dans le cadre de la procédure d’infraction engagée contre la France par la Commission européenne, le gouvernement a choisi de répondre aux critiques sur l’évaluation environnementale du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes au travers d’un document d’aménagement local : la révision du schéma de cohérence territoriale (SCOT) de Nantes Saint-Nazaire.

Le 20 juillet, l’Autorité environnementale (AE) du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) a rendu un avis réservé sur le volet environnemental du SCOT concernant le projet d’aéroport. Elle demande notamment de revoir la question de la gestion de l’eau, la consommation d’espaces face aux émissions de gaz à effet de serre, etc. L’enquête publique, doit débuter mi-septembre. Le SCOT doit être adopté en janvier après approbation de l’Europe…

 

Mais aujourd’hui plutôt que poursuivre cette chronique de Notre Dame des Landes et alentours, j’aimerai donner libre-cours à mon imaginaire, en partant d’une histoire vraie et d’échanges ayant eu lieu lors du rassemblement d’été.

Histoire vraie, métaphorique aussi. Refus de se résigner et de céder à la peur, solidarité. L’histoire de Greg qui, soutenu par des amis, refuse l’emprisonnement, refuse de céder à la répression que veut imposer le pouvoir pour affaiblir le mouvement, et se réfugie sur la ZAD dans un audacieux passage à l’acte. À l’issue d’un des nombreux procès liés à la manifestation du 22 février 2014 à Nantes – accusé de dégradations et de violence sur agent – il a été condamné à dix-huit mois de prison dont douze ferme après un procès construit sur les allégations des renseignements généraux. Il s’est soustrait à la décision de justice prononcée avec mandat de dépôt en quittant le tribunal avant le délibéré !

Soutenu par un collectif, Greg « au vert plutôt qu’à l’ombre », a ainsi préparé son procès en appel – qui de report en report doit avoir lieu le 31 aout. Avec la générosité qui le caractérise il a participé à différents chantiers sur la ZAD, à la caravane Cap sur la Cop fin novembre 2015, à des infotours – réunions publiques permettant d’expliquer un peu partout en France ce qui se construit sur la ZAD. C’est au cours d’un de ces infotours dans le Jura qu’il a été arrêté. Un mandat d’arrêt courait contre lui.

Certains trouveront abusif le rapprochement qui m’est venu à l’esprit : de même que le pouvoir s’en prend aux poètes sous les dictatures, dans notre monde marchand il faut emprisonner les Greg offrant une main tendue (5). C’est en écoutant Pablo Servigne et Christophe Bonneuil (6) lors du forum « La démocratie peut-elle mourir ? » au rassemblement d’été « Semailles de démocratie » que cette pensée m’est venue.

Face au monde en crises, aux effondrements qui menacent, les chemins à emprunter ne sont-ils pas du coté – entre autres – de tout ce qui s’invente sur la ZAD ? Où sont les perspectives fécondes ? Du coté de cette société qui se réfère encore aux mythes dépassés de la compétition, du progrès, de la croissance infinie ou bien du coté de l’inventivité, de la recherche et de l’élaboration d’autres façons de cultiver, de construire, d’habiter, de prendre des décisions ensemble ? Du coté du chacun pour soi, du rejet de l’autre ou bien du coté de la solidarité en actes, de la réinvention des communs ? Qui sont véritablement les précurseurs ? Qui propose des chemins, des « mains tendues » offertes ? Sans oublier que les chemins sont multiples, qu’il n’y a pas de modèle à généraliser mais la nécessité d’inventer.

 

Nous savons bien que le gouvernement fort du résultat de son « pseudo-referendum-au- périmètre-étudié-pour » peut s’asseoir sur les recours non encore jugés, sur la procédure d’infraction de la commission européenne etc. En tous cas comme annoncé avant et après la consultation, la lutte se poursuit, rendez-vous le 8 octobre sur la ZAD de Notre Dame des Landes. Par ailleurs des week-ends de formation à l’action et à la désobéissance « Prêt-e-s pour défendre la zad ? »sont programmés tous le mois de septembre et jusqu’au 8 octobre.

 

Catherine Camaret

20 aout 2016

 

Des lectures toujours d’actualité :

– Contrées. Histoires croisées de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et de la lutte No TAV dans le Val Susa, Collectif Mauvaise troupe, l’Eclat, 2016. Précédent ouvrage : Constellations. Trajectoires révolutionnaires du jeune 21ième siècle et des échanges avec les auteurs sont un complément à ne pas manquer.

  • Notre-Dame-des-Landes. La fabrication d’un mensonge d’Etat, Françoise Verchère, 2015, Ed. Tim Buctu.

  1. Tribune de Françoise Verchère : Nous avons perdu la consultation du 26 juin, oui. Avons-nous perdu tout droit à nous opposer ? Non

https://www.acipa-ndl.fr/actualites/lettres-ouvertes-tribunes/item/677-avons-nous-perdu-tout-droit-a-nous-opposer-non

  1. http://www.liberation.fr/planete/2016/08/14/l-arret-des-travaux-de-bure-resonne-au-forum-social-mondial_1472325
  2. https://reporterre.net/Mort-de-Remi-Fraisse-les-responsables-sont-a-Matignon-et-place-Beauvau
  3. http://actival.org/IMG/pdf/declaration-finale-17-07-2016.pdf
  4. Une réponse à la COP21 et à son monde : Construire la zad, Vidéo novembre 2015
  5. Pablo Servigne, chercheur indépendant, collapsologue. Derniers ouvrages : Petit traité de résilience locale. (avec Agnès SinaÏ, Raphaël Stevens, Hugo Carton), 2016. Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (avec Raphaël Stevens), 2014.

Christophe Bonneuil, historien des sciences, chargé de recherche au CNRS auteur notamment avec Jean-Baptiste Fressoz de L’événement anthropocène : La Terre, l’histoire et nous, Paris, Seuil, 2013.

 

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